Renforcement de la Monusco en RDC: «Un tournant absolument stratégique»

Renforcement de la Monusco en RDC: «Un tournant absolument stratégique»

Chars de la Monusco à Goma en juillet 2012.
Chars de la Monusco à Goma en juillet 2012.
AFP PHOTO/PHIL MOORE

Par RFI

C’est ce jeudi 28 mars que l’ONU doit adopter le renforcement de la Monusco en RDC. Le Conseil de sécurité va notamment se prononcer sur la création d’une brigade d’intervention, sorte de force spéciale de l’ONU, chargée de combattre les groupes armés. Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS et auteur aux éditions Sedes deGéopolitique de l’Afrique, analyse la situation pour RFI.

RFI : Près de 2 700 hommes basés à Goma devraient composer cette force d’intervention, un mandat qui est donc offensif. Est-ce un tournant dans la mission de l’ONU en RDC ?

Philippe Hugon : Oui, c’est évidemment un tournant absolument stratégique, parce que jusqu’à présent, le rôle des casques bleus était essentiellement un rôle défensif, un rôle de protection des populations. Ils n’avaient le droit, le plus souvent, de ne tirer qu’à la condition d’être eux-mêmes attaqués. On les a accusés, notamment en novembre 2012, d’avoir laissé le M23 prendre Goma sans rien faire.

Or, il faut savoir qu’il y a en RDC – où il y a eu quatre millions de morts – il y a environ 17 000 casques bleus qui coûtent chaque année un milliard de dollars. Il y avait donc une grande critique, déjà, à l’époque de la Monusco, c'est-à-dire ce qu’est devenue la Monuc. Il faut savoir que depuis dix ans, en fait, c’est un rôle qui a été relativement limité par rapport au drame qu’il y a en RDC, au Kivu, au Katanga. Et donc, le fait de donner un mandat offensif à cette brigade d’intervention, c’est évidemment un tournant qui peut d’ailleurs rétroagir dans d’autres pays, même si c'est sûrement à titre exceptionnel qu’il y a cette création de brigade d’intervention.

Plusieurs membres du Conseil sont encore sceptiques sur l’efficacité de cette brigade. Depuis dix ans, on peut parler d’échec à stabiliser le pays. Peut-on être certain que cette fois-ci la mission peut aboutir, et pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Le grand principe des Nations unies est plutôt celui d’être des forces d’intervention, que véritablement des forces qui se battent directement contre des forces armées. Là où il y a effectivement des doutes que l’on peut avoir, c’est sur la faible efficacité, globalement, des casques bleus. Ce sont des forces militaires multilatérales, les militaires ne parlent pas la même langue, ils n’ont pas souvent la même détermination pour se battre. Donc, c’est vrai que l’on peut douter de l’efficacité des casques bleus. Il faudrait développer ce point.

Mais le fait qu’il y ait un mandat clair, une possibilité de lutte, de neutraliser des forces rebelles, c’est quand même quelque chose qui sera positif. Les doutes viennent peut-être soit des pays qui fournissent des hommes et qui craignent pour leurs vies (Guatemala, Pakistan), ou d’autres pays qui craignent pour la vie de leurs hommes. Le deuxième doute provient de pays qui craignent et qui ne veulent pas de l’ingérence. C’est le cas de la Russie ou de la Chine. Alors que le principe d’ingérence a été reconnu dans le mandat de l’Union africaine.

La résolution insiste sur le fait que cette force est créée à titre exceptionnel. Si cette brigade qui doit être mise sur pied remplit sa mission, est-ce qu’on peut envisager que cela préfigure de ce qui pourrait se passer au Mali ou encore en Syrie ?

Il est évident que le cas de la RDC peut aussi être exemplaire. Pour l’instant, c’est une exception, un principe. Ceci étant, c’est vrai que si l’on prend le cas du Mali – le cas de la Syrie est peut-être plus complexe, vu la manière dont ce conflit conduit à des imbrications à géométrie variable –il est évident que le remplacement de la force Serval et l’appui aux troupes africaines suppose que les casques bleus aient effectivement une mission offensive. On ne voit pas très bien ce que pourrait être leur rôle, si c’était simplement d’être une force d’interposition, ou éventuellement, simplement de protection de certains lieux.

C’est ainsi effectivement à titre exceptionnel. Ceci étant – et c’est peut-être pour ça que la France a notamment appuyé fortement la création de cette brigade d’intervention – il est évident que les casques bleus n’auront une efficacité au Mali qu’à la condition qu’ils aient une mission offensive.

En RDC, selon vous, comment va réagir le M23 à la création de cette brigade d’intervention ?

On sait déjà que le Rwanda qui, quand même, soutient le M23, est assez hostile à cette brigade d’intervention. Le M23, évidemment, voit dans cette création d’une brigade d’intervention, directement, une décision qui va contre ses intérêts. Il y a deux grands conflits actuellement en RDC : le conflit du Kivu, et puis des conflits qui existent, de la part des maï-maï, également au Katanga. La possibilité du déploiement de 2 700 hommes avec trois bataillons, localisés à l’est du pays, va évidemment à l’encontre des intérêts du M23.

Donc, il y a derrière, un enjeu qui n’est pas que militaire. C’est de savoir comment les pays voisins qui soutiennent ces mouvements – je pense notamment au Rwanda et en partie à l’Ouganda – vont réagir. Evidemment, la solution durable est dans une voie diplomatique. Pas simplement militaire. C’est évident. Mais encore faut-il que les acteurs, les pays voisins, jouent le jeu de cet accord.

A titre personnel, croyez-vous qu’on va arriver rapidement à la paix ?

Non, je ne crois pas. Hélas ! Il y a des enjeux miniers extrêmement importants actuellement. Il y a un pillage des ressources minières, que ce soit au Katanga et surtout au Kivu, et il y a des milices armées qui contrôlent les mines. Il y a des enjeux de contrôle des terres, actuellement au Kivu, il y a 1,3 million de Rwandais – ou d’origine rwandaise – qui sont au Nord-Kivu.

Le problème n’est pas que militaire. Le problème est, évidemment, de passer à un arrêt du pillage et du gaspillage des ressources et de faire en sorte que ce scandale géologique qu’est la RDC utilise ses ressources pour assurer le développement des populations, créer des routes, créer une infrastructure et une intégrité territoriale.

cic

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