Mary Robinson envoyée de l'ONU. Grands Lacs : le problème c’est le Rwanda

Grands Lacs : le problème c’est le Rwanda

Publié le jeudi 2 mai 2013 02:30
Écrit par LE POTENTIEL

Paluku à Mary Robinson

Goma, ville martyre et chef-lieu de la province du Nord-Kivu, a reçu, mardi 30 avril, la visite de l’envoyée spéciale des Nations unies pour les Grands Lacs, en route pour le Rwanda, où elle effectue une tournée dans la région. A Goma, Mary Robinson a découvert le désastre, celui qu’entretient depuis plus d’une décennie le Rwanda, pays nommément cité dans divers rapports des Nations unies comme principal instigateur des tensions récurrentes dans la région. Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu, le lui a d’ailleurs rappelé. Tout compte fait, le problème dans les Grands Lacs, c’est le Rwanda.  En s’inscrivant dans cette logique, Mary Robinson aura déjà garanti la réussite de sa mission.

L’Envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la région des Grands Lacs, Mary Robinson, fait le tour des pays de la région pour palper du doigt les réalités du terrain.

Arrivée à Kinshasa en début de semaine, elle a, après s’être entretenue avec le président de la République, pris la route de l’Est qu’elle a atteint par la ville martyre de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Directement après le Nord-Kivu, Mary Robinson a traversé la frontière pour Kigali, au Rwanda. Après le Rwanda, l’envoyée spéciale de Ban Ki-moon se rendra en Ouganda, au Burundi, en Afrique du Sud et en Éthiopie.

A l’étape de Goma, Mary Robinson a découvert le drame qui s’abat depuis plus d’une décennie dans la partie Est de la RDC. Le gouverneur du Nord-Kivu le lui a peint en des termes clairs, pour éviter à ce que d’autres sources détournent son attention, l’entraînant sur un terrain contraire.

Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu, s’est donné le temps d’aborder le problème avec l’envoyée spéciale des Nations unies dans les Grands Lacs. Le gouverneur n’est pas allé par le dos de la cuillère pour nommer le coupable, celui qui, selon lui, est à la base de l’instabilité permanente dans la région des Grands Lacs. Pour Mary Robinson qui s’apprêtait à traverser la frontière pour Kigali, il était du devoir du gouverneur de la province martyre du Nord-Kivu de le lui rappeler.

Si pour Paluku, les tensions actuelles dans le Nord-Kivu, sont l’œuvre du M23, mouvement rebelle inféodé au Rwanda, « malgré les agitations au sein du M23 et ses diverses intimidations proférées à l’endroit de la Brigade d’intervention, on note au sein de ce mouvement, plusieurs défections des hommes de troupe ».

A ce jour, a-t-il souligné, « les statistiques harmonisées entre nous et la Monusco, à travers le département DDR, renseignent 519 militaires du M23 qui se sont rendus dans les différentes bases de la Monusco car, disent-ils, fatigués de la guerre et ne trouvant plus d’avenir dans les groupes armés », relevant que « parmi les 519 éléments du M23, 116 parmi eux ont déclaré être des Rwandais et le département DDR de la Monusco les a déjà rapatriés ». D’où, son interpellation à Mary Robinson : « Cette information vous intéresse, car vous vous rendez au Rwanda qui a toujours nié ne pas être impliqué dans la crise dans l’Est de la RDC ».

A l’instar de Julien Paluku, les Congolais attendent juger Mary Robinson à travers les œuvres. Envoyée spéciale des Nations unies, Mary Robinson ne devait pas se démarquer du point de vue largement répandu dans les milieux des Nations unies. En effet, le groupe d’experts de l’ONU qui a longuement travaillé sur la RDC, a clairement nommé le coupable, le même qui entretient depuis plus d’une décennie l’instabilité dans l’Est de la RDC. Il s’agit du Rwanda ! Et Mary Robinson ne devait pas se dérober de cette réalité. Une analyse qui exclurait le Rwanda ou le dédouanera dans son rôle déstabilisateur dans la région est d’ores et déjà voué à l’échec.

Mardi à Goma, le gouverneur du Nord-Kivu l’a rappelé en des termes compréhensibles à l’envoyé de Ban Ki-moon dans les Grands Lacs. « A toutes fins utiles, a-t-il dit, les espoirs de la population du Nord-Kivu sont fondés sur la conviction selon laquelle désormais la communauté internationale a compris les causes de la crise à l’Est, les acteurs internes et externes et partant, les solutions à envisager », soulignant à son attention que « l’un des acteurs externes qui est le Rwanda a été clairement identifié dans les différents rapports des experts des Nations unies et à ce sujet, il n’y a plus de doute que le Rwanda vit économiquement de la déstabilisation de l’Est par ses réseaux maffieux d’exploitation illicite des minerais ».

SOLUTION A QUATRE PALIERS

Fin  connaisseur de la région, le gouverneur du Nord-Kivu propose une solution à quatre paliers pour sortir du bourbier de l’Est de la RDC. De l’avis de Julien Paluku, Mary Robinson ferait mieux d’adhérer à ce schéma pour ne pas retomber dans le piège du Rwanda qui joue, chaque fois qu’il se sent acculé au malin pour se dédouaner de nombreux forfaits qu’il commet dans l’Est de la RDC.

Pour Paluku, le 1er palier consiste en l’opérationnalisation dans le meilleur délai de la Brigade d’intervention dont le rôle est double : dissuasif et offensif. Il pense que « l’arrivée des troupes à Goma peut constituer en elle seule un élément déclencheur des défections massives des groupes armés disséminés à travers la province du Nord-Kivu ».

Le 2ème palier consiste à aider la RDC à mettre en place la force rapide d’intervention. Ici, la communauté internationale, à travers des appuis bilatéraux ou multilatéraux, devrait former urgemment des unités spéciales au sein des FARDC capables d’assurer le relais une fois la mission de la brigade arrive à sa fin. Et en même temps, les Nations unies devraient appuyer les efforts du gouvernement congolais à former une armée républicaine. Bref, à réformer le secteur de sécurité (Armée, Police, Justice et services de sécurité).

Le 3ème palier renvoie à la lutte contre l’impunité dans la région des Grands Lacs, en mettant à profit la Cour pénale internationale dont le procureur pourrait déclencher des enquêtes sur les massacres, viols, violations des droits de l’Homme et autres crimes de guerre, crimes de génocide, … commis par les acteurs déjà identifiés dans les différents rapports des experts des Nations unies, et de Human Rights Watch et qui sont disponibles. Le gouverneur du Nord-Kivu estime que ces enquêtes du procureur de la CPI – « très attendues de la population de l’Est » - «  permettront de lancer de nouveaux mandats d’arrêts contre les Congolais ou les étrangers qui déstabilisent les Grand Lacs…».

Le 4ème palier touche à l’appui aux organisations régionales, notamment la Communauté économique des pays de la région des Grands Lacs qui regroupe le Rwanda, le Burundi et la RDC.  Le gouverneur du Nord-Kivu est d’avis que « si cette organisation fonctionne normalement et que les intérêts des Etats y sont discutés, l’hypocrisie et le mensonge qu’utilisent certains membres n’auront plus de place, car seuls les intérêts des peuples respectifs seront mis en jeu et les guerres récurrentes peuvent cesser ».

Paluku a certes lancé son message. Sera-t-il par conséquent entendu ? Dans les milieux spécialisés, l’on pense que la réussite de la mission confiée à Mary Robinson dépendra en grande partie non seulement de l’orientation de ses choix, mais aussi de sa sincérité. En effet, le devoir lui impose de s’inscrire dans le schéma de l’ONU.

Or, sur ce point précis, l’ONU n’a pas bronché lorsqu’il s’est agi d’indexer le Rwanda comme principal problème dans l’instabilité permanente de la région des Grands Lacs. Mary Robinson ferait mieux de calquer son schéma de sortie de crise sur cette direction. Toute tentative qui s’écarte de cette voie est d’ores et déjà voué à l’échec. L’intégralité de l’adresse de Julien Paluku est publiée à la page 10.

cic

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