Paris Match :Ces Africains qui votent Marine Le Pen

 

Ces Africains qui votent Marine Le Pen

| Publié le 3 mai 2017 | Mis à jour le 3 mai 2017

Marine Le Pen lors d'une récente visite au Tchad | © Belga

Parmi ceux qui comptent voter Le Pen par conviction ou déception, une catégorie qui s’exprime étonne : des Africains de France. Leur objectif ? Que Marine Le Pen en finisse avec la Françafrique.

 

Mars 2017, visite de Marine Le Pen au Tchad. Venue pour rencontrer les militaires français de l’opération Barkhane, la candidate frontiste se confie au Figaro. La Françafrique ? C’est fini, ou en tout cas, votez FN et elle le sera. « J’ai expliqué au président Déby que je n’entendais pas continuer cette politique de la « Françafrique », faite d’ingérences et d’exigences de contreparties, parfois opaques. Je lui ai dit également que j’étais un défenseur de la souveraineté des États, alors que l’Union européenne ne cesse de faire du chantage » avait alors déclaré Marine Le Pen. Sa vision ? « La sécurité et la prospérité de la France et de l’Afrique sont indissociables. Nous devons nous appuyer massivement sur la coopération avec les pays francophones. Aujourd’hui, cette coopération est ridicule: la France n’y investit que 300 millions d’euros. Il faut soutenir l’éducation, l’agriculture et, si l’on veut réduire les flux migratoires, il faut aussi agir sur l’axe de la défense et de la sécurité. Je souhaite y consacrer 0,7% du PIB, soit environ 16 milliards d’euros ». Encore des mots, toujours des mots ? Marine Le Pen a l’audace de les prononcer, et cela plaît.

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« Une chance pour l’Afrique »

Titre d’un article sur le site d’information Afrique sur 7 : « Pourquoi l’élection de Marine Le Pen serait une chance pour l’Afrique ». Parmi les arguments avancés, l’honnêteté perçue dans le chef de la candidate FN. « À ce jour, Marine Le Pen est la seule qui reconnait qu’il faut arrêter d’infantiliser l’Afrique et ses dirigeants en s’immisçant sans cesse dans leurs affaires. Pour elle, le Franc CFA doit cesser d’exister puisqu’on n’est plus dans la colonisation ». Autre argument : un ras-le-bol de servir de « bouclier anti-Le Pen ». « De la droite à la gauche, chaque camp a su s’offrir l’immense vote des Franco-Africains en brandissant le danger que représenterait pour eux une élection de Marine Le Pen et avant elle celle de son son père. Cette peur, qu’ils n’aient crainte, les Africains sont décidés à la braver cette année puisqu’ils souhaitent pour beaucoup l’élection de la fille de son père. Perdu avec UMP-PS ou perdu avec Marine, c’est perdu pareil ». Et l’article de conclure, sans appel : « pour tout Africain souhaitant une indépendance totale, l’arrivée de Marine Le Pen à l’Élysée a plus de bons que de mauvais points« .

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Héros improbable

Une opinion qui se propage dans la diaspora africaine. Ingénieur chimiste d’origine congolaise, Philippe, 71 ans, ne cache pas sa préférence pour la candidate frontiste. « Beaucoup de gens voient en Marine Le Pen un espoir pour l’Afrique. Les autres, on les a vus à l’oeuvre. Emmanuel Macron, c’est un bébé Hollande. La Françafrique a perduré jusqu’à aujourd’hui et je le vois mal avoir la carrure pour l’enterrer. Marine Le Pen n’a jamais eu les rênes du pouvoir, il faut lui donner la chance de se prouver ». D’autant que d’autres élus du Front National ont déjà fait leurs preuves auprès de cet électorat qu’on ne les aurait jamais imaginés séduire. « Il y a un an, quand la situation s’est dégradée au Congo-Brazzaville, on a frappé à toutes les portes, et personne n’a voulu nous ouvrir, dénonce Philippe. Finalement, on s’est retrouvés face à Louis Aliot, qui nous a servi de porte-parole à l’Union européenne et face à François Hollande. Forcément, c’était très étonnant pour nous de se voir secourus par un élu du Front National ».

 

La candidate frontiste a été reçue par le président du Tchad – Belga

Remise à plat des relations

Plus étonnant encore : les positions extrêmement tranchées de Louis Aliot concernant la Françafrique. Au micro de RFI, il est sans ambages : si Marine Le Pen est élue le 7 mai, les relations entre la France et l’Afrique vont changer du tout au tout. « La manière de traiter les affaires à l’international et notamment l’Afrique, puisqu’elle a dit que ce serait sa priorité en matière de relations internationales, la remise à plat des relations, la fin – vraiment – de la Françafrique et puis la négociation pied à pied avec un certain nombre de chefs d’État africains qui ne respectent pas – c’est le moins que l’on puisse dire – ce que l’on appelle nous, les droits humains [alors que] ils bénéficient souvent, ces pays, de fonds français – ou européens d’ailleurs – mais sans contrôle ». Avant d’ajouter, en réponse à Emmanuel Macron qui accusait le FN de proposer un visage « rétréci et haineux » de la France : « Le visage haineux c’est celui qui consiste précisément à maintenir ce système de la Françafrique en place« .

« Regarder l’avenir en face »

Visage haineux, Emmanuel Macron ? Son intervention devant les lauréats africains du prix Choiseul, en juin dernier, semblerait plutôt indiquer le contraire. « Entre l’Afrique et la France, entre l’Afrique et l’Europe, il y a une histoire. Il y a une histoire parce que, au fond, nous sortons de plusieurs décennies d’un passé qui ne veut pas passer. Ce qui est un problème pour nous. C’est pourquoi je trouve que cette initiative de faire émerger une nouvelle génération est, je pense, l’une des clés de la réussite commune de la France et de l’Afrique. (…) Pendant beaucoup d’années, en France en particulier, certains ont voulu oublier qu’il y avait une histoire coloniale. Plutôt, ils ont voulu la perpétuer ». Une perpétuation dont Emmanuel Macron affirme ne pas vouloir. « Il faut porter son regard vers l’avenir et se dire (…) qu’est ce qu’on peut faire ensemble, dans une relation repensée et équilibrée. Parce que c’est cela notre défi commun, c’est le défi de notre génération. Pour ce faire, il faut justement regarder en face, ce que sont nos défis. Je pense que nous avons, en France, en Afrique, beaucoup de défis communs. La nouvelle génération qui arrive aux affaires, de part et d’autre, doit tirer les leçons de ces erreurs passées et prendre en considération que (…) il y a une histoire millénaire entre l’Europe, en particulier la France, et l’Afrique. L’Afrique francophone comme l’Afrique anglophone. Et cette histoire, c’est notre force ».

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Un vote contradictoire

Une force, en opposition au paradoxe incarné par ces Africains naturalisés Français qui appellent à voter pour un parti ouvertement raciste. L’ironie n’échappe pas à Philippe. « Bien sûr que c’est tout à fait contradictoire pour nous de voter pour un parti raciste. Bien sûr que le discours de Marine Le Pen est mielleux pour le moment, mais si on ne lui donne pas la chance de se prouver, on ne saura pas si elle est pareille que les autres.

Moi je ne veux pas rester en Europe, je viens d’un pays très beau et riche, mais l’Europe favorise les dictateurs en Afrique parce que ça les arrange bien.

Marine a promis un partenariat d’égal à égal avec les dirigeants africains. Bien sûr que ce n’est pas elle qui va régler le problème, on en a bien conscience, mais au moins, elle est la seule à tenir ce discours-là ».

 

En France, Donald milite pour l’élection de Marine – Facebook @ Donald Ngouma de Mangoubi

Mobilisés pour Mélenchon

Un discours auquel fait écho Donald Ngouma de Mangoubi. Bibliothécaire au Congo-Brazzaville, ce trentenaire a été forcé de fuir la violence de son pays. Il s’est réinventé en figure du militantisme congolais en France sous le surnom d' »Imperator ». Ce dimanche, comme une grande partie de son cercle d’amis, il votera pour Marine Le Pen. « On s’était tous mobilisés pour Jean-Luc Mélenchon, on avait été très séduits par la clarté et la transparence de sa politique envers l’Afrique. Maintenant, comme il n’est pas passé au deuxième tour, notre communauté se retrouve à devoir faire le choix entre la peste et le choléra. Cela fait 50 ans que la gauche et la droite nous baladent. François Hollande avait dit « moi, président, je n’exploiterai pas l’Afrique », on y avait cru, mais c’était un mensonge ».

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L’Afrique aux Africains

Des mensonges dont la diaspora ne veut plus. La solution pour certains d’entre eux : voter pour celle qu’ils appellent « Tata Marine » sur les réseaux sociaux. « Marine Le Pen a un discours clair sur l’Afrique. Le FN, parti de la haine ? C’est faux : ils veulent la France aux Français, et donc nous, nous voulons l’Afrique aux Africains. En plus, la France est gouvernée par des institutions, pas par une seule personne », souligne Donald. « Dimanche, on n’ira pas voter parce qu’on aime Marine Le Pen, on ira faire un vote de colère. La gauche et la droite se sont toujours disputées la place en diabolisant le FN, mais nous, finalement, on est curieux de voir ce dont le FN est capable en ce qui nous concerne. Si vous étiez à ma place, vous feriez pareil, vous n’auriez pas le choix ».

Source : Paris Match

cic

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